Vendredi 24 avril 2009, arrivée au camping pour prendre possession de notre logement, ma famille et moi, en attendant Thierry et la sienne qui m’accompagnera tout au long de ce périple avec son beau vélo bien décoré. Pasta-party pour tout le monde le soir. Eric Marchand nous rejoint et partage avec nous ce repas en nous gratifiant de certaines anecdotes et des derniers conseils utiles pour ce type de course. Ensuite, tout le monde au lit vers 22 h. Je peine à trouver le sommeil car je sens que l’objectif que je prépare depuis des mois est tout proche.
Samedi 25 avril 2009, je me réveille à 4 h 30 sans aide extérieure (comme d’habitude) et je revérifie pour la nième fois mes affaires qui me serviront pour cette journée. J’entends la pluie qui tombe depuis la veille et qui ne s’est pas interrompue durant la nuit. Je suppose que les conditions ne vont pas aider certains, mais pour moi, ce paramètre n’aura que peut d’incidence. Je rejoins Eric et Thierry puis nous allons prendre le petit déjeuner sous une grande tente où il règne une ambiance bon enfant mais fraiche. La pluie redouble d’intensité et je peux lire dans certains regards de l’inquiétude due à ces conditions, il est vrai, pas très encourageantes pour courir un 100 KM.
Une fois le repas avalé, Eric et moi attendons le dernier moment pour rejoindre la ligne de départ. Je lui dis au revoir car je le reverrai juste à la fin de la journée. En effet, il va partir sur d’autres bases que les miennes (12 km/h). Thierry est déjà parti depuis un moment avec le reste des accompagnateurs et m’attend à environ 10 kilomètres de là. Je retrouve, 2 minutes avant le départ, l’autre Eric du club, qui semble aussi impatient que moi d’entendre le coup de pistolet libérateur.
A 8 h 00, ça y’est, c’est parti. J’essaye de ne pas m’enflammer car le parcours s’y prête bien. Une petite boucle de 2 KM dans Belvès et puis vient la descente qui va nous mener au niveau de la Dordogne qui sera notre fil conducteur tout au long de la journée. Je regarde ma montre pour voir si mon allure n’est pas trop rapide. Tout va bien. Je suis heureux d’être parmi tous ces bipèdes qui vont prendre une douche géante pendant, pour certains, 8 H00 et pour d’autres plus de 18 H00. J’observe que certains ne doivent pas se poser les mêmes questions que moi quant à leur équipement car je peux voir des gens avec des chaussures trouées qui semblent usées jusqu’à la corde, une personne qui cour avec un thermos à la main et en tee-shirt. Bref, ce qui est bien dans cela, c’est que ces personnes-ci se trouveront peut-être devant moi à l’arrivée.
Au bout de 10 KM environ, Thierry me rejoint avec son vélo au couleur du 100 KM du Morvan. Il ne passe d’ailleurs pas inaperçu, ce qui était, entre nous, un peu fait pour.
Puis vient très vite le 20ème KM que je passe en 2 h 00 pile et tout va bien. Pas de douleur, je m’alimente correctement en privilégiant pour l’instant le sucré. Je vois déjà les premiers abandons qui me laissent perplexe quant à la suite. La météo semble faire déjà des dégâts car les hypothermies semblent arrivées en nombre.
Thierry me laisse un instant pour essayer d’aller voir Eric devant. Il revient en me disant que tout va bien également. Les kilomètres défilent sans problème. Vers le 30ème KM, je commence à saturer avec le sucré et décide d’alterner avec du salé. J’aperçois ma petite famille ainsi que celle de mon « coach » d’un jour (tout de même 5 filles) vers le 35ème. Cela me redonne le moral et me donne l’énergie nécessaire pour accélérer un peu (au moins 0,10 km /h en plus). Je passe le marathon en 4h10 et me dit que la mi-course va me permettre de changer de short qui s’est transformé en serpillère depuis déjà un moment. Je passe au 50ème en 5 h 00, tout est OK, j’ai mal aux jambes mais j’imagine que c’est normal. Je vois Thierry trempé et qui semble se les caillées, je me dis qu’il est quand même cool de m’accompagner dans cette aventure.
Et puis vers le 60ème (je ne sais plus trop), un gros coup de bambou me tombe sur la tête. Je suis dans un état qui m’est complètement inconnu, jamais ressenti auparavant. Je ne sais plus si j’ai mal aux jambes, j’en ai marre, je me demande pourquoi, depuis des mois, je m’entraîne aussi dur et que maintenant, je souffre. J’essaye de penser à des choses agréables (c’est ce que m’a dit de faire Eric M qu’en cela m’arrivera). Merguez m’avait prévenu que cela allait m’arriver et que d’un seul coup, cela allait revenir et c’est ce qui se passe, je repars de plus belle en pensant que ça y’est, les 30 derniers KM vont être une formalité. Petit coucou à mes femmes qui sont aussi courageuses d’attendre sous la pluie pour me voir une minute au plus. Passage au 70ème en 7 h 02, je suis encore bon pour mon objectif qui se révèlera beaucoup trop élevé par la suite pour le bizut que je suis.
Bing, deuxième effet Kiss Cool, je n’avance plus, ma vitesse passe de 10km/h à 6km/h sans avoir l’impression de ralentir. Je ne sais pas ce qui m’arrive à nouveau. Heureusement, Thierry est là, il me parle, essaye d’attirer mon attention sur autre chose, je lui répons juste « ouais », « hum ». Merguez m’avait encore prévenu, « cela peux t’arriver plusieurs fois », il avait encore raison et ça repart. Par contre, il m’est de plus en plus difficile d’accélérer ma foulée qui ne doit pas être très académique (comme d’hab). Vers le 90ème, je m’accroche au fait que c’est bientôt fini, je suis partagé entre joie et impatience d’en terminer. Je zappe le dernier ravito qui s’avère inutile et attaque la dernière côte du parcours qui fait le mythe de cette course. Ils ont qu’à venir chez nous, ils vont voir ce que c’est qu’une côte. J’entends le speaker qui présente le podium des féminines et j’arrive enfin au bout de 10 h 50. Je rejoins mon « Saint Bernard » qui semble transit de froid et nous allons nous mettre à l’abri sous la tente des soins. Un petit soin de pied et un massage plus tard, toujours pas de filles à l’horizon pour retourner au camping. Pas grave, je prends le vélo et Thierry se tape 2 KM sous la pluie en jogging. Nous arrivons tout trempés et nous consolons devant une bonne assiette de pâtes accompagnée d’une bière blanche. Pour moi, elle s’avère difficile à passer mais bon, je l’absorbe quand même, j’en ai tellement rêvé.
Pour conclure ce petit CR, un grand merci encore à Thierry et ses femmes qui n’ont pas hésité à organiser la fin de leur vacances afin de pouvoir m’accompagner sur cette course, à Eric Marchand et Merguez pour leurs précieux conseils de « papas », à Manu pour ses entraînements et ses conseils de pro et enfin, comme d’hab, à mes 2 (bientôt 3) femmes qui supportent tout cela au quotidien.
Je retiendrai tout particulièrement l’ambiance qui règne sur ce genre d’épreuve ou l’humilité est de mise et la solidarité entre coureurs semble encore exister. Je me sens, pour l’instant très proche de cette façon de concevoir la course à pied.
D’un point de vue plus personnel, je fus à l’arrivée très déçu de ne pas avoir fait tomber la barrière des 10 heures, mais avec un peu de recul, cet objectif pour mon 1er 100 KM était un peu ambitieux vu mes capacités actuelles. Le simple fait de terminer aurait dû me suffire comme beaucoup de personnes me l’ont fait remarquer. Difficile tout de même à accepter. Le prochain me permettra, je l’espère, d’aller flirter avec ce temps que tant de personnes veulent effacer. Car prochain, il y aura, c’est une certitude, en 2010 surement, pour redécouvrir cette ambiance et goûter à l’effort qui me convient, il me semble, le mieux.
D’un point de vue organisation, nous n’avons rien à envier à une grosse machine qu’est Belvès même s’ils sont tout de même performants et bien à l’écoute des coureurs. Gardons notre authenticité et nos valeurs que l’on retrouve tout au long du 1er week-end de juillet. Et maintenant, avec mon pote, place Aux Templiers, autre challenge qui nous attend pour le mois d’octobre !!!!!!
Arno